Mêlant récits autobiographiques et fictions,
cette rubrique recueille une sélection des meilleurs textes de résistances.
Qu’est-ce qu’un texte « de résistance » ? Peut-être un texte jalon dans l’histoire des luttes,
et à même d’entretenir, voire de réactiver, la flamme d’ un imaginaire de gauche
quelque peu mis à mal par l’histoire récente ?


 

Chroniques de la zone libreChronique de la zone libre, Cosma SALE, Le Passager Clandestin, 15€

Ce texte, écrit comme un carnet de route, de ZADs en squats, de combats en vagabondages, nous emporte dans la lutte menée aujourd’hui par une frange de la population, contre ces grands projets inutiles, contre un mode de vie qui ne convient plus, pour un effondrement prochain.

De Notre Dame Des Landes au Testet en passant par Roybon ou Lyon, ce livre est le fruit de l’imaginaire d’une génération pour réinventer le monde dans ses moments les plus insignifiants comme dans ses symboles les plus représentatifs.

Un texte très littéraire, fait d’impressions, de souvenirs, de moments hors du temps, pour mieux appréhender la réalité de ces vagabonds modernes.

Grandement apprécié par Paco et Fabien

 


 

maguerre espagneMA GUERRE D’ESPAGNE A MOI, Mika Etchebéhère, Milena, 16 € (avec un DVD) (Existe aussi en format poche chez Actes Sud)

« Je suis incapable de trouver une autre occupation que celle de me faire tuer. Je n’ai pas, comme les miliciens, le droit de traîner dans les bars pour écourter les jours et les nuits sans combats. Mon statut de femme sans peur et sans reproche, de femme à part, me l’interdit. Mes convictions personnelles aussi me l’interdisent. Alors il ne me reste qu’à me catalogneplonger dans le manuel de formation militaire que j’essaie d’apprendre par cœur…

Mika Etchebéhère (1902-1992) dirigea une colonne du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) en 1936-1937. Ce passionnant témoignage de femme au coeur de la guerre d’Espagne fait aussi réfléchir sur la manière dont les hommes font la guerre – et donne envie de relire Hommage à la Catalogue de Georges Orwell.


 

9782749120904FSrévolte des pendusB. TRAVEN, L’armée des pauvres, éd. Cherche midi, 21 €

Ce roman écrit en 1937, enfin traduit en français, est l’œuvre du mystérieux auteur du Trésor de la Sierra Madre (adapté en film), qui a pris part à la révolution spartakiste, puis a été sans-papier en Europe et pourchassé, avant de rejoindre le Mexique où il a notamment écrit des romans dépeignant les conditions de vie des paysans pauvres. Beaucoup de romans de Traven sont incontournables. On pourrait citer Le vaisseau des morts, mais aussi La révolte des pendus.  Une pauvre troupe de péons mal armés et inexpérimentés affrontent les troupes bien équipées et expérimentées du dictateur. Peu sûrs de vaincre, ni même de survivre longtemps encore, ils livrent de splendides tirades sur le sens de la vie, de la mort, de la lutte et de la liberté. Inspiré de la révolution mexicaine, L’armée des pauvres est, plus qu’aucun autre, une ode totale à la révolte et un magnifique roman de lutte et d’espoir apte à remonter le moral des plus fragilisés. A mettre entre toutes les mains.


 

souvenirsdunrevolutionnaireRemarquable témoignage réédité par les éditions La fabrique, les Souvenirs d’un révolutionnaire de Gustave Lefrançais aident à relativiser les peines et duretés de l’époque. De juin 1848 à la Commune, l’auteur aura connu l’exil en France et à l’étranger, la prison [?] et un long passage à vide : le second empire. Et puis, soudain, les feux de la communes, et puis les cendres. Mais quelles cendres !

 


 

dirtydespentesDirty week-end de Helen ZAHAVI est « l’histoire de Bella qui se réveilla un matin et s’aperçut qu’elle n’en pouvait plus ». Sans cesse harcelée par les hommes, elle décide d’inverser le rapport de force. Rageur, cathartique et jubilatoire, ce texte, malheureusement épuisé, n’est pas sans rappeler Baise-moi de Virginie DESPENTES - le tout premier de ses « romans punks ». L’occasion de recommander chaudement la lecture de King kong théorie, remarquable essai appuyé sur l’expérience personnelle de l’auteure. Virginie Despentes n’a peur de rien – et surtout pas de nous déranger – et elle a bien raison !


Mèmed le Mince de Yachar Kemal (traduit en français en 1975)

memedOn raconte que François Maspero mettait ce livre dans les mains de tous ses clients, à la librairie La joie de lire. Comme je le comprends ! Mèmed est un jeune paysan que rien ne destine à l’aventure. Mais le jour où l’Agha du village – un notable qui pratique le droit de cuissage et possède droit de vie et de mort sur les villageois – projette de lui dérober sa fiancée, Mèmed prend le maquis, et devient un véritable Robin des bois anatolien. Chose rare, ce roman (et ses suites Mèmed le faucon et Le retour de Mèmed le mince) réunit les trois veines du roman d’aventure, du roman social et du grand texte littéraire capable de camper une nature sauvage splendide.


 

navelTravaux de Georges NAVEL est le plus beau texte que je connaisse sur le monde ouvrier et le travail manuel. A 17 ans, Navel fréquente la Bourse du travail de Lyon, où se réunissent des anarchistes.  Tête dure, il ne cesse de changer de métier et de ville, de se révolter contre les injustices – il ira d’ailleurs se battre quelques temps en Espagne. « Il y a une tristesse ouvrière dont on ne guérit que par la participation politique. »

 


 

warda

sans patrie

pinar parceOnt aussi leur place dans cette rubrique les ouvrages de Panaït Istrati, Albert Cossery, Maya Angelou, sans oublier Warda de Sonallah Ibrahim, Sans patrie ni frontières de Jan Valtin, Insurrection de Paolo Pozzi, Un petit boulot et Tribulations d’un précaire de Iain Levinson, La parole contraire d’Erri de Luca, Parce qu’ils sont arméniens de Pinar Selek, Les Feuillets d’Hypnos de René Char (dans le recueil Fureur et Mystère), Ma vie de brigand de Cesare, Les prolos de Louis Oury (Agone), Défendre la ZAD du Collectif Mauvaise troupe