Mêlant récits autobiographiques et fictions,
cette rubrique recueille une sélection des meilleurs textes de résistances.
Qu’est-ce qu’un texte « de résistance » ? Peut-être un texte jalon dans l’histoire des luttes,
et à même d’entretenir, voire de réactiver, la flamme d’ un imaginaire de gauche
quelque peu mis à mal par l’histoire récente ?


Le Néant et le politique. Critique de l’avènement Macron, Harold Bernat, L’échappée, 12 € 

4c146226-3d4c-43c5-be99-92f6457d1082De quoi Macron est-il le symptôme ? S’appuyant sur les travaux de Jean Baudrillard, le philosophe Harold Bernat revient sur le parcours éclair d’Emmanuel Macron jusqu’à la plus haute place de l’Etat. Creusant derrière le spectacle médiatique et la profusion des signes, la démonstration cerne brillamment l’ « effet Macron », comme triomphe du vide et négation du politique.

 


 

Ceci est mon sang, Elise Thiébaut, La Découverte, 16€

d9963f41-9c44-49f1-b832-523bcda59908Bien moins solennel que le verset qu’il paraphrase, Ceci est mon sang étudie avec humour la perception des menstruations dans nos sociétés. Mêlant habilement décorticage historique, leçons de biologie et éventail critique des protections périodiques, cet essai détonnant peut se lire dès quinze ans.


Se défendre, Elsa Dorlin, Zones, 18€

ea49ce44-eaf4-4fd4-a7d1-933d5b5ff8ffElsa Dorlin décortique les notions-clés de « légitime défense » et d’« auto-défense », positionnant la première comme celle réservée aux corps « dignes d’être défendus » – soient les hommes blancs hétérosexuels – tandis que la seconde incarne l’arme des parias, des suffragettes anglaises aux Black Panthers. A la croisée de l’histoire et de la philosophie, cet ouvrage relate une généalogie politique de la violence et de ses usages, aux échos particulièrement actuels.


Constellations, Collectif mauvaise troupe, L’éclat, 12€
6a4e0bfc-ae5d-4410-9a42-0e38c4cf8e7fLivre de colère et d’enthousiasme, composé d’entretiens, de dessins, de photos, de lettres ou de récits, Constellations est un texte de lutte. Il nous raconte, au travers des batailles, des occupations et des fêtes, cette génération qui vit et combat au jour le jour. Une œuvre joyeuse et passionnante sur la radicalité politique, sur des trajectoires de vie et des méthodes de lutte. Des histoires à vivre debout et à donner du souffle.

Être forêts, Jean-Baptise Vidalou, Zones, 14€

218b420e-af14-4ba5-905b-1c549abd48b7Qu’est-ce qu’habiter un territoire ? Pourquoi et comment se battre pour lui ? Se bat-on mieux en forêt qu’en rase campagne ? Peut-on construire un rapport au monde différent de celui des architectes et urbanistes ? C’est à travers la figure de la forêt, et celle des territoires en lutte, que Jean-Baptiste Vidalou construit une philosophie politique de l’aménagement du territoire. La forêt, c’est un peuple qui s’insurge, toute une géographie dans laquelle il est possible, enfin, de respirer. Passionnant.


Off the map, tribulations de deux vagabondes anarchistes, Bambule éditions, 9€
cf49ef44-41a6-4472-8451-fb6f6741f7f2Véritable épopée baba-punk, ce récit de voyage en stop à travers l’Europe par deux Américaines atteint une fraîcheur et une énergie remarquables. On pense à Kerouac ou aux Nourritures terrestres, tant l’alchimie entre poésie de la route, énergie de la jeunesse et désir de questionner le monde pour le changer s’entremêlent pour le meilleur. Un grand texte alternatif enfin traduit en français par les courageuses éditions Bambule.
[à paraître dans le courant du mois de décembre]


Histoire d’une sans-papiers, Lika Oliva Corado, Nzoi, 9€
85021b2c-54ec-4d27-9950-bb1baac585a3Ce court et trépidant texte autobiographique relate le périple qui a mené l’auteure du Guatemala jusqu’aux États-Unis. Si on croit parfois tout savoir sur ces traversées de l’horreur que sont les récits de migrants, celui-ci dépasse à tous points de vue ce qu’on avait pu lire auparavant. Un texte d’une poésie et d’un souffle extraordinaires déniché par les minuscules éditions Nzoi. Une exclusivité Terre des Livres.

c832d0b5-2e72-4f27-8362-8382e6f2cc38Seulement 10 mètres – Nouvelles de Palestine, Nassar Ibrahim & Majed Nassar, éditions CNT-RP, 10€

« Cela aurait pu être un jour comme les autres, mais la boite de café était vide ». A travers onze histoires fictives ou réelles, les deux auteurs, journaliste et chirurgien, délivrent des fragments du quotidien de Palestiniens dans l’ombre d’un territoire confiné. Un recueil qui soulève sourires, émotions et réflexions.

 


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Saisons, Nouvelles de la ZAD, Collectif Mauvaise Troupe, L’éclat, 6€

Le collectif Mauvaise troupe revient nous donner des nouvelles de Notre-Dame-des-Landes et de l’actualité des luttes ! En compilant les témoignages, « Saisons » retrace l’histoire du lieu par ceux qui l’ont vécu, donnant une portée nouvelle aux projets qu’ils défendent pour préserver cet écosystème. Stimulant !


 

Révoltée, Evguénia Laroslavskaïa-Markon, Seuil, 16€

4e944a73-feef-4ae2-be50-4c689e728e54 « Le « pouvoir » soviétique est déjà totalement pourri et s’écroulera probablement très vite ». Ainsi s’exprime l’auteure, en 1931, alors même qu’elle est interrogée par la police d’État, peu avant son exécution. Cette courte autobiographie retrouvée récemment dans les archives du KGB dresse le portrait d’une femme extraordinaire, enragée, anarchiste, voleuse, proche de l’avant-garde culturelle de l’époque, et qui estimait que la pègre est la seule classe vraiment révolutionnaire. Un témoignage brut, détonnant, arraché à la Grande Histoire et à son corollaire, l’oubli.


 

Chroniques de la zone libreChronique de la zone libre, Cosma SALE, Le Passager Clandestin, 15€

Ce texte, écrit comme un carnet de route, de ZADs en squats, de combats en vagabondages, nous emporte dans la lutte menée aujourd’hui par une frange de la population, contre ces grands projets inutiles, contre un mode de vie qui ne convient plus, pour un effondrement prochain.

De Notre Dame Des Landes au Testet en passant par Roybon ou Lyon, ce livre est le fruit de l’imaginaire d’une génération pour réinventer le monde dans ses moments les plus insignifiants comme dans ses symboles les plus représentatifs.

Un texte très littéraire, fait d’impressions, de souvenirs, de moments hors du temps, pour mieux appréhender la réalité de ces vagabonds modernes.

Grandement apprécié par Paco et Fabien

 


 

maguerre espagneMA GUERRE D’ESPAGNE A MOI, Mika Etchebéhère, Milena, 16 € (avec un DVD) (Existe aussi en format poche chez Actes Sud)

« Je suis incapable de trouver une autre occupation que celle de me faire tuer. Je n’ai pas, comme les miliciens, le droit de traîner dans les bars pour écourter les jours et les nuits sans combats. Mon statut de femme sans peur et sans reproche, de femme à part, me l’interdit. Mes convictions personnelles aussi me l’interdisent. Alors il ne me reste qu’à me catalogneplonger dans le manuel de formation militaire que j’essaie d’apprendre par cœur…

Mika Etchebéhère (1902-1992) dirigea une colonne du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) en 1936-1937. Ce passionnant témoignage de femme au coeur de la guerre d’Espagne fait aussi réfléchir sur la manière dont les hommes font la guerre – et donne envie de relire Hommage à la Catalogue de Georges Orwell.


 

9782749120904FSrévolte des pendusB. TRAVEN, L’armée des pauvres, éd. Cherche midi, 21 €

Ce roman écrit en 1937, enfin traduit en français, est l’œuvre du mystérieux auteur du Trésor de la Sierra Madre (adapté en film), qui a pris part à la révolution spartakiste, puis a été sans-papier en Europe et pourchassé, avant de rejoindre le Mexique où il a notamment écrit des romans dépeignant les conditions de vie des paysans pauvres. Beaucoup de romans de Traven sont incontournables. On pourrait citer Le vaisseau des morts, mais aussi La révolte des pendus.  Une pauvre troupe de péons mal armés et inexpérimentés affrontent les troupes bien équipées et expérimentées du dictateur. Peu sûrs de vaincre, ni même de survivre longtemps encore, ils livrent de splendides tirades sur le sens de la vie, de la mort, de la lutte et de la liberté. Inspiré de la révolution mexicaine, L’armée des pauvres est, plus qu’aucun autre, une ode totale à la révolte et un magnifique roman de lutte et d’espoir apte à remonter le moral des plus fragilisés. A mettre entre toutes les mains.


 

souvenirsdunrevolutionnaireRemarquable témoignage réédité par les éditions La fabrique, les Souvenirs d’un révolutionnaire de Gustave Lefrançais aident à relativiser les peines et duretés de l’époque. De juin 1848 à la Commune, l’auteur aura connu l’exil en France et à l’étranger, la prison [?] et un long passage à vide : le second empire. Et puis, soudain, les feux de la communes, et puis les cendres. Mais quelles cendres !

 


 

dirtydespentesDirty week-end de Helen ZAHAVI est « l’histoire de Bella qui se réveilla un matin et s’aperçut qu’elle n’en pouvait plus ». Sans cesse harcelée par les hommes, elle décide d’inverser le rapport de force. Rageur, cathartique et jubilatoire, ce texte, malheureusement épuisé, n’est pas sans rappeler Baise-moi de Virginie DESPENTES - le tout premier de ses « romans punks ». L’occasion de recommander chaudement la lecture de King kong théorie, remarquable essai appuyé sur l’expérience personnelle de l’auteure. Virginie Despentes n’a peur de rien – et surtout pas de nous déranger – et elle a bien raison !


Mèmed le Mince de Yachar Kemal (traduit en français en 1975)

memedOn raconte que François Maspero mettait ce livre dans les mains de tous ses clients, à la librairie La joie de lire. Comme je le comprends ! Mèmed est un jeune paysan que rien ne destine à l’aventure. Mais le jour où l’Agha du village – un notable qui pratique le droit de cuissage et possède droit de vie et de mort sur les villageois – projette de lui dérober sa fiancée, Mèmed prend le maquis, et devient un véritable Robin des bois anatolien. Chose rare, ce roman (et ses suites Mèmed le faucon et Le retour de Mèmed le mince) réunit les trois veines du roman d’aventure, du roman social et du grand texte littéraire capable de camper une nature sauvage splendide.


 

navelTravaux de Georges NAVEL est le plus beau texte que je connaisse sur le monde ouvrier et le travail manuel. A 17 ans, Navel fréquente la Bourse du travail de Lyon, où se réunissent des anarchistes.  Tête dure, il ne cesse de changer de métier et de ville, de se révolter contre les injustices – il ira d’ailleurs se battre quelques temps en Espagne. « Il y a une tristesse ouvrière dont on ne guérit que par la participation politique. »

 


 

warda

sans patrie

pinar parceOnt aussi leur place dans cette rubrique les ouvrages de Panaït Istrati, Albert Cossery, Maya Angelou, sans oublier Warda de Sonallah Ibrahim, Sans patrie ni frontières de Jan Valtin, Insurrection de Paolo Pozzi, Un petit boulot et Tribulations d’un précaire de Iain Levinson, La parole contraire d’Erri de Luca, Parce qu’ils sont arméniens de Pinar Selek, Les Feuillets d’Hypnos de René Char (dans le recueil Fureur et Mystère), Ma vie de brigand de Cesare, Les prolos de Louis Oury (Agone), Défendre la ZAD du Collectif Mauvaise troupe